• Adeline Paulian-Pavageau

    Éditeur :

    Née en 1972, j'ai passé mon enfance à l'Ile d'Yeu, dans une maison pleine de livres.
    Après mes années de lycée à Pontoise, j'ai poursuivi à Nantes des études d’histoire, puis enseigné en collège. Ma profession m'a amenée à découvrir la Normandie, puis le Berry.
    Séduite par la richesse de son patrimoine, surtout pour le Moyen-Age, époque que j' affectionne, je me suis installée dans cette région en 1999.
    Après la naissance de mon deuxième enfant, j'ai abandonné l'enseignement pour me consacrer à ma famille et à l'écriture de romans jeunesse, généralement historiques.
    Je suis aujourd'hui mère de trois enfants et compte six romans dont cinq pour la jeunesse, un recueil de nouvelles, une pièce de théâtre et plusieurs guides touristiques à mon actif.

    J'adhère à la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, à la SOFIA, à la SACD, à Signature Touraine et à la SAPC.

    "Chapitre 1
    1778
    Le navire craquait de toutes parts. Néanmoins, Benjamin de Boissenot n'avait pas voulu quitter la dunette. Le jeune botaniste se tenait debout près de l'homme de barre, à deux pas du capitaine. Il s'agrippait à un cordage pour ne pas être emporté par la tempête. Au-delà des hurlements du vent et des grondements de la mer qui lui emplissaient les oreilles, il tentait d'écouter les protestations du bâtiment. A entendre gémir les agrès et grincer les cordages, son angoisse augmentait de minute en minute.
    Il sentait la frégate tout entière se plaindre et crier qu'elle n'allait plus tenir longtemps. Secouée par les flots, battue par les lames, la malheureuse Iris plongeait dans les vagues. Elle se relevait, cabrée, luisante d'écume. Elle s'inclinait sur un bord, remontait, plongeait à nouveau. L'océan la fouettait, lançant ses paquets de mer contre la coque et sur toute la largeur du pont. Le vent de noroît rugissait dans les haubans. Il sifflait le long des cordages. Le peu de toile qui n'avait pas été carguée claquait et se tendait à tout rompre.
    Benjamin leva les yeux. Le soleil était caché. Une lumière grise et froide filtrait entre les nuages, faiblement, comme à contrecœur. Le ciel était noir, creusé de volutes plus sombres encore. La mer était blanche autour du navire. Elle prenait une teinte d'un vert cadavérique si on regardait au-delà. Au loin, entre l'eau et les nuages, on distinguait tout juste une côte, une ligne basse, ponctuée par le trait d'un clocher. Se penchant vers le jeune savant, le capitaine tendit le bras et beugla :
    - Nous passons au large de l'isle Dieu !
    Benjamin hocha la tête. Ce simple mouvement le fit frissonner. Il était trempé jusqu'aux os. Sous la cape de laine imbibée d'écume, son habit était raidi d'eau salé. Son tricorne avait volé au loin. Ses cheveux noirs avaient échappé au lien de velours qui les liaient sur la nuque et ils lui cinglaient le visage. Dans ses chaussures à boucles, ses pieds vêtus de soie étaient glacés. Benjamin était blême, l'air hagard. Il ressemblait plus à un noyé qu'à un spécialiste de la nature. Il se savait responsable de sa précieuse cargaison, et cette charge l'écrasait. Il en venait presque à regretter d'avoir accepté de participer à l'expédition.
    - Arriverons-nous à Lorient ? se questionnait-il, en se remémorant la carte qu'il venait de consulter dans la salle du conseil. Il nous faut encore passer au large de Belle-Isle et pire encore, éviter Groix pour entrer à Lorient ! Nous devrions faire escale pour attendre que le gros temps se calme, ce serait plus prudent. On dit que Port-Breton est une bonne rade, sur cette petite isle. Seulement, comment éviter les récifs qui protègent le noroît de l'isle, quand le vent nous pousse dessus ? Il faut passer au large des Chiens Perrins, puis du Grand Champ, pour atteindre l'abri du port. Ces récifs sont aussi traîtres l'un que l'autre, a dit le capitaine. Comme lui, je préfèrerais filer plus loin...
    La tempête ne leur laissa pas le choix. Le vent retint son souffle un instant, laissant espérer une accalmie, puis il se jeta de toutes ses forces sur la frégate. Sous le choc, l'Iris se cabra comme une cavale affolée par l'attaque d'un tigre. Ensuite, elle bondit dans les flots. Une vague lava la dunette, emportant un mousse qui s'accrochait en vain aux cages à poules. Benjamin, atterré, tendit le bras droit pour saisir la main du garçon. Mais il était trop loin et ne parvint pas à l'atteindre. La mer dévora sa prise."

    Le Souffle du Noroît